Elton John – Live aux Nuits de Fourvière

Il est 21 heures, l’air est chaud, le ciel est bleu et le soleil se couche bientôt sur nous. Le théâtre de Fourvière, pour l’une de ses dernières soirées 2014 et avec une de ses dernières têtes d’affiches, est bien rempli. Tout du moins les gradins, la fosse, dans laquelle ont été installés plusieurs dizaines de sièges, pour des personnes invitées par le festival, est encore vide.

Photo Stéphane Guichon

Photo Stéphane Guichon

Les organisateurs nous exhortent de nous serrer, ce que personne ne fera, mais déjà à la vue de cette fosse vide, nous crachons sur l’organisation du festival. Comme dirait le capitaine Haddock, de vrai moule à gaufre (Déjà que 10 minutes avant, nous n’avions pas eu, justement, notre gaufre, positionné dans la mauvaise file, alors que dans la file gaufre, tu peux choper ta bière. On respecte les règles, ou on fait n’importe quoi, il faut choisir. Les Allemands ne sont pas champions du monde pour rien, merde ! Enfin, bref, toute une histoire à laquelle vous n’avez rien compris, hors sujet, mais il est important de le signaler avant qu’il y ait du crêpe-age de chignon).

Bref, 21h15, les privilégiés déboulent d’une entrée rien qu’à eux, et s’installent dans la fosse. On n’avait pas connu de tels passe-droits et privilèges depuis 1789 ! Les hommes sont en costume cravate, les femmes portent la dernière crème Visible Lift de l’Oréal promue par Andie McDowell (pour les plus jeunes, c’est l’actrice qui joue dans Un Jour Sans Fin… vous ne connaissez pas non plus, allez crever).

Ce soir, les Baby-Boomers ont la permission de minuit, s’installent dans la nef du théâtre, et sont prêts à mettre autant d’ambiance qu’à l’enterrement de leur pote Marcel, dimanche dernier, à l’église de Chauzon.

Plus de la moitié du public a donc déjà contracté une assurance-vie, et a déjà réfléchi sérieusement à la question « Enterrement ou Incinération ? ». On se sent alors tout de suite jeune, on envoie « lol » à un pote en texto, on trouve qu’on a trop le swag. On avoue, on a même fait un #selfie et on est allé à la pêche aux likes avec sur Facebook.

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THE BITCH IS BACK

21h30, 4 employés des pompes funèbres débarquent sur scène. Costume impec, petit gilet boutonné comme il se doit, petits gants blancs, c’est propre, net. Avant même l’arrivée d’Elton John, il y a déjà au moins 1 barre de fringue sur scène, si ça ce n’est pas avoir la classe.

En vrai, il s’agit des musiciens, pour la plupart fidèles à Sir Hercules depuis plusieurs décennies. Ici, nous aimons particulièrement le guitariste, modèle pour Petrol Han. Ce dernier a de beaux cheveux longs grisonnants, et un ventilateur à ses pieds pour les faire voler. Heureusement pour lui que l’opération d’implants capillaires d’Elton a fonctionné.

Les premières notes du dyptique Funeral For A Friend / Love Lies Bleeding résonnent. Au passage, nous vous conseillons ce morceau si vous aimez le rock progressif et si vous n’êtes pas trop allergique aux bons vieux sons de synthés qui tâchent (Dream Theater l’avait d’ailleurs reprise au début des années 90, lorsqu’ils ne composaient pas des morceaux en mode automatique).

Puis après quelques phrases mélodiques, une mamie apparaît sur la gauche et se traîne péniblement jusqu’à son piano. La mamie, c’est donc l’artiste un peu has been, ringarde et dont on a peine à se rappeler de quand date son dernier succès, pour qui on a traîné notre gros cul jusqu’au sommet de la colline de Fourvière, et qui vous vaut des regards interloqués quand vous évoquez le fait que vous allez/ que vous êtes allé la voir.

Il ne s’agit pas de Madonna mais bien de Sir Elton Hercules John. Première déception, il n’a pas ressorti son costume de Donald ou de Beethoven, mais une jolie veste à paillette bleu/noir, floqué du logo d’un de ses premiers albums dans le dos.

Nous avons donc de la peine et avons une épiphanie sur la place que doit tenir l’euthanasie dans nos sociétés modernes (non, on ment, on l’avait eu dix minutes avant à l’apparition de la noblesse lyonnaise).

Impression lavée cependant en quelques secondes chronos, lorsqu’Elton se met à jouer à son piano, qu’il ne lâchera pour aucun des morceaux de la soirée. Dextérité, touché, mouvement, inventivité, l’anglais excelle avec ses doigts. C’est le moment adéquat pour vous rappeler dans cette chronique que notre homme vit avec son compagnon David Furnish depuis 20 ans.

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THE ONE

Musicalement, durant les 21 morceaux de la setlist, c’est orgiastique, rien à redire. Chaque musicien excelle, ça enchaîne les solos, les versions différant ainsi des enregistrements studios mais pas des versions jouées dans les tournées précédentes. Il est vrai qu’Elton tourne avec les mêmes morceaux depuis de nombreuses années, mais pour un premier concert, nous n’allons pas bouder un spectacle millimétré (bémol toutefois sur les chœurs de Sorry Seems to Be The Hardest Word, pas très synchro). La voix est juste, plus grave bien évidemment qu’au milieu des années 70, mais le cœur y est.

On a ainsi le droit à plusieurs ballades emblématiques (Candle In The Wind, Your Song, Tiny Dancer, Goodbye Yellow Brick Road, Rocket Man, Circle of Life/Can You Feel the Love Tonight), ainsi que quelques morceaux rocks connus (mais moins) comme I’m Still Standing ou Saturday’s Alright for fighting. Le public est à chaque fois conquis et l’occasion est toujours bonne pendant qu’Elton chantonne que « How wonderful life is while you’re in the world » de faire partager ce moment à son Loulou/Lapin/Doudou/Hérisson en l’appelant (qui n’en a rien à foutre, hein, sinon il serait venu mais qui tronchera tout de même la donzelle émoustillée quand elle sera rentrée). Ça reste toujours mieux que cette incantation satanique qu’est l’ultra niais « Mains en forme de cœur ». Dans un monde parfait, on enverrait tout ce petit monde au goulag. On va voir si après que tes doigts aient dus être amputés t’auras toujours la force de faire « ton petit cœur ». Pisseuse va.

Bref, on regrette ici l’absence d’un petit plaisir coupable (Sacrifice) et la coupe depuis les concerts précédents de Someone saved my life tonight et Crocodile Rock. Mais on ne va pas faire la fine bouche, 2h15 de musique c’est pas mal, et on savoure toujours la version piano-voix de The One. Si vraiment il avait fallu qu’on casse les pieds en appelant quelqu’un (et encore sous la torture), on l’aurait fait sur celle-là. Au lieu de cela, on mange des pâtes et des plats surgelés le soir (ou alors ce qui traîne dans le frigo, comme aujourd’hui, Mozzarella pour pizza-Banane).

On vous conseille aussi le morceau le plus récent de la setlist, qu’avouons-le, nous ne connaissions pas avant, Hey Ahab. Inspiré par un autre pianiste de talent, une autre légende, Leon Russell, l’album, The Union, sur lequel figure le morceau, et en parti composé avec Russell, est paru en 2010 et avait reçu bonne presse majoritairement. Hey Ahab est énergique, le martèlement des touches du piano, les percussions et les chœurs transposent le morceau dans un Ouest américain crasseux et poussiéreux.

Il est à noter que les morceaux du dernier album, bien qu’également d’une facture correcte, ne sont plus joués depuis plusieurs dates (Oceans Away et Home Again). Mais soyons honnête, pour notre probable seul concert d’Elton John de notre vie, nous préférons avoir les ballades intemporelles citées ci-avant que des morceaux sympas mais non inoubliables.

Elton enchaîne donc majoritairement les classiques de son répertoire (les chansons les plus récentes après Hey Ahab sont celles composant la bande originale du Roi Lion, pour dire). L’Homme est communicatif, se lève à chaque fin de morceaux, exhorte le public de participer durant de nombreux morceaux, monte sur son piano, et pourtant…

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DON’T GO BREAKING MY HEART

Musicalement, nous avons dit que ça nous avait plu. Mais avons-nous savouré pleinement le concert ? La réponse est non, et notre principal regret vient du public (oui, si ça n’avait pas été le cas, nous n’aurions pas commencé cet article par un hors-sujet sur la population de la fosse).

Sceptique, (on est particulièrement fier de notre humour de merde), nous étions donc en voyant arriver ce cortège d’Hors-Sujets et de Pacte-à-Quatre avant le concert. Et les premières chansons ont confirmé cette impression. Un public mort, checkant ses mails, ne répondant pas aux appels de l’artiste, ne chantonnant pas. C’est simple, même le public au début de la célèbre flashmob des Black Eyed Peas pour I Gotta Feeling était plus énergique.

Quand la fosse se révèle commune, comment voulez-vous que les gradins se réveillent ? Il a fallu véritablement attendre la fin du concert (à partir de The Bitch is Back et donc sur une durée de 4 morceaux) pour avoir une vraie ambiance et un public participatif.
Après, l’Autre est toujours un con, et dans le fond intérieurement on a kiffé, donc tant qu’on leur a balancé notre coussin à la gueule à la fin du concert, ça nous va.

Nous sommes plus affectés par le sentiment de froideur dégagé par Elton John, à la fin du concert. Pas de salut à la fin du set principal, et 10 secondes chrono à la fin du rappel. Ça laisse un mauvais goût en bouche, et on peut pas vraiment dire qu’on a feelé the love tonight. Nous n’avons même pas pu décemment dire au revoir au Général Schwarzkopf.

L’attaque des coussins volants lui aura sans doute fait peur. La magie s’est éteinte comme une bougie dans le vent, mais salut Elton, de la part du jeune homme au 22ème rang des gradins !

Mots de Roublard
Photos de Stéphane Guichon et eVe

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Setlist

1. Funeral for a Friend/Love Lies Bleeding
2. Bennie and the Jets
3. Candle in the Wind
4. Grey Seal
5. Levon
6. Tiny Dancer
7. Philadelphia Freedom
8. Goodbye Yellow Brick Road
9. Rocket Man (I Think It’s Going to Be a Long, Long Time)
10. Hey Ahab
11. I Guess That’s Why They Call It the Blues
12. The One
13. Sorry Seems to Be the Hardest Word
14. Your Song
15. Sad Songs (Say So Much)
16. All the Girls Love Alice
17. Don’t Let the Sun Go Down on Me
18. I’m Still Standing
19. The Bitch Is Back
20. Your Sister Can’t Twist (But She Can Rock ‘n Roll)
21. Saturday Night’s Alright for Fighting

Rappel
22. Circle of Life / Can You Feel the Love Tonight?

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