Depeche Mode – Live in Berlin

DepecheMode_DVDBoxCover_loresQue les choses soient claires tout de suite : Depeche Mode est, objectivement, le plus grand groupe du monde.

Bon, peut-être pas, mais le groupe mérite bien plus que la vision étriquée que la masse a désormais de lui. Vision engendrée par les relents de la réputation du groupe du début des années 80, les garçons coiffeur de Basildon, et des choix de diffusion radiophoniques monotones.

Qu’importe les quolibets, DM poursuit son chemin, et avouons-le, les années passant, perd de sa fraîcheur.  Même s’il est moralement limite de dire que Depeche n’a jamais été aussi bon que quand ces membres étaient accro aux putes et à la coke, défoncés en concert et dépressifs dans la vie privée, on ne peut nier que depuis la résurrection du chanteur, après une énième overdose cette fois-ci épiphanique, et un comportement désormais clean, on ne peut que constater que désormais le groupe est en mode automatique, et s’enferme dans des schémas répétitifs.

Ainsi depuis 15 ans, le groupe s’enferme dans un cycle routinier, album studio-tournée-dvd live, qui lui va bien puisque le succès est relativement toujours au rendez-vous. La tracklist même des concerts est peu évolutive, hormis les morceaux des nouveaux albums, ce sont toujours les mêmes grosses artilleries et la configuration même du concert est similaire : ouverture du concert sur quelques morceaux du nouvel album, puis vient quelques morceaux à peu près connus menant jusqu’à quelques morceaux chantés par Martin L Gore en piano voix, avant d’enchaîner alors les tubes jusqu’au rappel sur Never Let Me Down Again. Mais nous verrons tout cela en détail dans la suite de la chronique.

Bien que nous connaissions la démarche créatrice, en tant que fan, nous sommes des gentils moutons. Ainsi nous avons déjà les DVD live des 3 tournées précédentes, ainsi que le DVD live de la tournée de 1993 (mais ça, n’importe quel mélomane devrait le posséder, tant Depeche Mode est alors au sommet de son art, et s’impose alors à l’époque comme représentant du rock’n’roll et de ses dérives).

La qualité du concert dépend également bien sûr de la qualité de l’album alors défendu. Ainsi, si One Night in Paris et Tour of the Universe palissent de la platitude des albums Exciter (2001) et Sounds of the Universe (2009), l’album promu sur cette nouvelle tournée, Delta Machine, était un bon cru, bien que pouvant paraître décevant au premier abord.

C’est ainsi qu’en connaisseur, et en spectateur, nous étions allés les voir en janvier dernier à Lyon, et que nous regardons désormais ce Live In Berlin.

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Avant de passer à une analyse piste par piste, nous pouvons déjà signaler que bien que faisant parti des meubles désormais de Depeche Mode, il serait désormais salutaire de se séparer, courtoisement, d’Anton Corbijn. Sa réalisation nuisait déjà au dvd Tour of the Universe et Touring the Angel : de nouveau ici, on ne vibre pas, on ne se sent pas investi dans le concert. Si ce n’est que pour ne s’intéresser qu’au son, très bon, autant ne mettre dans le lecteur que le double cd live. Corbijn est également responsable des animations scéniques diffusées sur les écrans géants durant le concert. De qualité très variable, nous en parlerons dans la suite.

Le concert s’ouvre sur Welcome to My World, qui ouvrait également l’album Delta Machine. Ainsi, à l’instar des 3 tournées précédentes, le morceau d’ouverture de l’album ouvre le concert. A l’instar du Tour of the Universe, ouvert avec In Chains, il s’agit d’un morceau d’électro-minimaliste, froid et intense. L’animation n’est pas déplaisante, et quel plaisir de retrouver nos petits gars. On sent que Dave Gahan va se défoncer, que Gore va être bon, qu’Eigner et Gordeno sont des bonnes pièces rapportées et qu’Andrew Fletcher ne servira absolument à rien si ce n’est toucher de l’argent qu’il ne mérite pas, à la fin du concert.

Le concert se poursuit sur Angel, morceau issu de Delta Machine. On l’aime bien, mais nous profiterons de sa présence pour émettre une réserve sur les thèmes évoqués par Depeche depuis plusieurs albums. La religion, la rédemption etc… c’est bien beau, mais sur chaque morceau, s’il vous plaît, stop. À nouveau, on préférait quand ça ne parlait que de drogues (Enjoy the silence, Never let me down, In your room etc).

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Troisième chanson, et premier coup de gueule. Walking in My Shoes. Sérieux. Ok, c’est aisément une des meilleures chansons du groupe, mais elle est présente sur chaque tournée depuis sa parution en 1993. Et sempiternellement dans les 6 premiers morceaux. Bravo la créativité, la surprise, la fraîcheur. Surtout qu’ici, à part une intro un peu innovante, elle colle à la version studio. Les gars, pour la prochaine tournée s’il doit y en avoir une, vous la virez.

On enchaîne sur Precious. Là aussi, c’est l’incompréhension. Ok, le morceau est cool, dernier gros tube en date du groupe (2005 déjà) mais elle est présente sur les 3 dernières tournées (en gros on l’a donc déjà en live sur plusieurs dvds) Et cette animation de Corbijn avec ces chiens… Déjà que la chanson est vaguement molle, cette vidéo qui ne correspond à rien par-dessus, avec des gros plans portraits de clébards. Même Royal Canin n’en aurait pas voulu comme publicité. Allez vite la suite…

Black Celebration. Ça c’est cool. Pas joué depuis 2001, le morceau éponyme du premier album de la période dorée du groupe (86-93) bénéficie d’un jeu de lumière épileptique. Ça on aime, ça c’est bon.

Should Be Higher : Sommet de Delta Machine, le jeu de scène et l’animation amplifie notre bonheur. Ce n’est pas étonnant que ce passage soit choisi pour promouvoir le DVD. C’est un des meilleurs moments du concert, si vous êtes fan de ce style musical, vous ne pourrez qu’aimer. Et ça fait du bien cette créativité, ce changement, ce roulement, là on se dit que vrai…

the-office-14Policy of Truth : Ok, à l’époque ce fut un tube. Mais on se la tape depuis son apparition en concert, exception faite de l’Exciter Tour. C’est en plus un copié collé de la version studio. Y’a rien de nouveau. Virez Corbijn, faites revenir Alan Wilder, c’est pas compliqué. La discographie de Depeche est vaste, et présente de nombreux morceaux entraînants, certains ayant même été des succès : People Are People par exemple, juste après qu’elle fut utilisée pour la pub d’une célèbre voiture, c’était l’occasion parfaite, ou alors Rush, Something to Do ou Barrel of the Gun, qui figurait sur la setlist en début de leg, et qui a disparu subitement.

Ce morceau marque la fin de la première partie du concert, et nous entrons donc dans la partie lente, les chansons chantées par Martin L Gore. Alors là, je vais vous dire lecteurs, on a le cul entre deux chaises. Donc bon ok, depuis 15 ans, on sait qu’on va se taper du Gore en piano voix, plus de surprises sur ce niveau, c’est rodé, on sait qu’il va y en avoir deux, on sait que sur la fin du morceau il va s’avancer et que le public va se mettre à chanter jusqu’à ce que Gahan nous remercie et salue son compère. Mais au moins Gore, lui, il se sort les doigts du cul et c’est le seul moment du concert où tu peux avoir une surprise au niveau de la setlist. Ainsi, Gore chante trois chansons par concert. Sur Delta Machine Tour, sur 107 dates, il a chanté 14 morceaux différents. Sur Tour of the Universe, 15 morceaux. Et il propose ainsi des morceaux alors jamais encore joué en concert, et bien souvent chanté normalement par Gahan.

Pour le DVD live, nous avons ainsi le droit à ce moment du concert à The Child Inside et But Not Tonight : La première est tiré du dernier album, et était déjà chanté par Gore. C’est mignon, mais c’est pas révolutionnaire. La seconde est la BO d’un obscur film du milieu des années 80, et jamais joué encore en concert. En piano-voix, la chanson a été purgée de toutes les sonorités New Wave. Gore est comme d’habitude un excellent crooner, à nouveau un des sommets du concert.

Gahan revient, pour nous jouer la plus grande erreur de la carrière du groupe :

Heaven. Premier single de Delta Machine. Une ballade en ABAB sans aucune originalité, aucune émotion, rien fade. Comment voulez-vous vendre et promouvoir votre album avec cette daube. L’incompréhension. Sur Delta Machine, elle est également très mal placée, en troisième position, bien pour pourrir toute la dynamique crée par Welcome to My World/Angel. En ballade là aussi, Depeche a fait nettement mieux antérieurement : Condemnation pour ne citer que la meilleure. Non, le vrai premier single pour l’album aurait dû être…

Soothe My Soul : Ok, c’est pas la chanson du siècle. Mais elle est entraînante, facile, ça bouge et la version avec les guitares de Billy Gibbons défonce. Mais là à nouveau, interrogation. Après ce concert, donc le live in Berlin, la chanson disparaît de la setlist pour être remplacée par Behind The Wheel, que nous avons donc eu à Lyon. Bon, on aime bien BTW, très efficace en concert, jouée souvent certes, mais prime à la nouveauté…

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Le concert se poursuit, avec une belle surprise. Peu de temps avant Delta Machine, Depeche Mode sortait son second album de remix. Le premier avait bien marché, porté par le remix de Mike Shinoda d’Enjoy the Silence. Pour la tournée Delta Machine, Depeche a donc choisi de jouer la version remix de Visconti de A Pain That I’m Used to, morceau que l’on kiffe en version studio puisqu’elle nous a permis d’accrocher au groupe, qu’on l’a en sonnerie de téléphone etc. En 2014, on accroche tout autant, le décor, la vidéo, les lumières.  Depeche est ainsi capable de nous proposer du changement, et d’enchaîner immédiatement avec de la rengaine usé jusqu’à la moelle. C’est ainsi que déboule Question of Time, un des tempos les plus rapides de la disco, qui permet de faire sauter la foule certes, mais que l’on retrouve également depuis 3 tournées dans la même version, avec toujours Gahan qui veut faire chanter le public sur un refrain que le public ne connait pas… Profitons de l’occasion pour tout de même signaler que Gahan reste une bête de scène incontestée, il bouge, il court, il danse. Il a beau avoir 50 balais, il fout la sermi à tous ces petits jeunes aux dents longues.

La fin du concert, avant rappel, se termine sur Enjoy The Silence et Personal Jesus. Là, on va faire court, c’est les mêmes versions depuis des siècles. On sait désormais qu’ETS va présenter un break musical, qu’il va débuter par un solo de synthé, puis Martin va jouer de la guitare, puis les deux mélangés avant d’envoyer les gros synthés de fin de morceaux. L’animation scénique du morceau est également horrible, hyper molle, ces femmes à poil plaquées contre une vitre qui ne bouge pas. Mais virez Anton bordel !

Personal, c’est également la même version, sauf que le premier couplet est chanté à deux à l’heure. Sinon, c’est exactement pareil…. Mais bon les trois dernières minutes du morceau sont à chaque fois orgasmiques, alors on s’en tape si c’est pas très neuf !

C'est évident, c'est Enjoy the Silence!

C’est évident, c’est Enjoy the Silence!

C’est le rappel, qui s’ouvre, comme sur les tournées précédentes, sur un piano-voix de Gore. Là petit coup de gueule, comme évoqué précédemment Gore tourne sur 15 morceaux lors d’une tournée, et pour le DVD, on se tape un morceau déjà présent en piano voix pour le DVD du Touring the Angel, Shake the Disease. Bon, ça reste cool, mais merde. Enchaînons rapidement sur une des grandes satisfactions du concert, Halo, version remix de Goldfrapp. Cette version est un bijou, et la voir jouée en concert, avec cette fois-ci une vidéo de Corbijn qui colle à la chanson, c’est magique. Rien à dire, c’est l’extase.

Changement total d’ambiance, avec le plaisir coupable qu’est Just Can’t Get Enough Pour un fan, il est difficile de considérer ce mégatube comme un morceau véritablement de Depeche, mais en live il marche du tonnerre. Même si le jeu avec le public proposé est le même que sur le Touring the Angel, dernière apparition en date du morceau, c’est très plaisant et ça permet de voir ce gros d’Andrew Fletcher faire autre chose que de lever les bras et de manger des bananes. Enfin, n’abusons pas, il a un solo qui consiste à jouer 3 notes en boucle. Moi pour moins cher, je le fais. Et probablement mieux.

On poursuit sur I Feel You. Autant on ne peut pas nier que ça reste un des sommets de la discographie, mais présente sur chaque tournée, cette copie, au fond, de Personal Jesus, commence à lasser. On est loin en live de la version possédée et possédante du Devotional. Et Gahan commence à montrer quelques problèmes de justesse dessus. Sur la version Delta Machine Tour, Corbijn ne se foule pas. Il reprend l’imagerie du Devotional (plus tard repris par Apple pour ces fameuses pubs pour l’Ipod du début du siècle). Après qu’on soit clair, on savoure tout de même, en live. Sur un dvd, de nouveau, elle ne présente cette fois-ci aucun intérêt.

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Avant dernier morceau, et passage obligé, Never Let Me Down Again. Elle aussi présente sur chaque tournée, elle fait figure d’Anthem pour le vrai fan, véritable morceau de rassemblement, qui prend tout son sens dans la chorégraphie des champs de blés. Bien qu’on ne ressent plus les mêmes frissons que la première fois, quelle communion de sentir comme d’un seul homme une foule se mettre à balancer ses bras, sans que le groupe n’ait vraiment à commanditer la manœuvre, simplement parce qu’elle est inscrite dans les gênes du Devotee.

Le concert, tout du moins à Berlin, puisqu’à Lyon il se terminait sur les champs de blés, se termine sur la bien nommée Good-bye, qui concluait déjà l’album Delta Machine. Petit blues sympathique qui permet de redescendre sur terre calmement.

Vous l’aurez compris, il s’agit ici plus d’une critique du concert et des rouages de Depeche Mode depuis quelques années, que du DVD en lui-même. La critique du DVD, en lui-même, est rapide : vous pouvez vous en passer, c’est le concert qu’il fallait vivre. Si vous voulez Depeche en concert en DVD, prenez le Devotional, ils ne feront jamais mieux.

PS : La première partie à Lyon, Feathers, était fort sympathique. De la petite pop-électro, fort charmante et non déplaisante. À découvrir.

PS2 : Troisième critique pour ce blog, et nous n’épargnons personne. Peter Gabriel, car je sais que tu nous lis fréquemment, attention, on vient te voir le 26 à la Halle Tony Garnier. T’as intérêt à assurer.

Mots de Roublard 

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