Pourquoi le rock ?

D’aussi loin que je me souvienne, la musique a fait partie de ma vie. Mon enfance a été bercée par les comptines, évidemment, puis la musique classique, héritage de ma maman, la musique française : Brel, Ferrat et les autres par mon papa. A la sortie de l’enfance, peut-être par volonté d’émancipation, je me suis tournée vers le rock. (Bon, ok, on a eu quelques passages à vide avec les New kids on the block). C’est grâce au rock que j’ai appris l’Anglais en traduisant les paroles de mes groupes préférés très consciencieusement même si je pense qu’il y avait quelques non-sens… Je me souviens de la première fois où j’ai compris des paroles juste à l’oreille : I can’t believe the news today, I can’t close my eyes and make it go way.

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I can’t believe the news today…

Une semaine après le funeste 13 novembre, ces paroles tournent toujours en boucle dans ma tête. Bien-sûr, une génération, un style de vie « à la française » ou à l’Occidentale ont été touchés vendredi dernier. Mais c’est aussi le rock’n’roll qui était visé puisque les djihadistes avaient donné pour ordre déjà cet été de toucher un concert de rock. Pourquoi ? Musique du diable, il était déjà vu comme ça par les Puritains américains, serions-nous alors dans Retour vers le futur ? Pourquoi le rock, qui n’est plus une musique aussi révolutionnaire que dans les années 50, serait-il encore jugé comme dangereux ?

La peur du rock d’aujourd’hui n’est pas la même que celle des années 50. L’American dad avait peur que sa fifille fricote avec des blousons en cuir en buvant des bières. Trois générations ont passé, le cataclysme annoncé par cette musique infernale ne s’est pas produit. Alors pourquoi fait-il peur à des obscurantistes ? Parce qu’il FEDERE, tout simplement. Tout le monde s’est déjà retrouvé dans des paroles, dans des sons métalliques d’une guitare électrique, dans une batterie bien lourde. Le rock est fédérateur des émotions ressenties pendant toute une vie. Qui n’a jamais hurlé un bon vieux Clash quand il était énervé ? Qui n’a pas pleuré lors d’un chagrin d’amour sur Still loving you de Scorpions ? Qui ne s’est pas retrouvé en colère en écoutant les paroles de U2 dans Sunday Bloody Sunday ? Qui ne s’est jamais reconnu dans une déclaration d’amour dans les nombreuses paroles de toutes les Lovesong du monde ?

Le rock est donc bien une musique TRES dangereuse, non seulement parce qu’il fédère mais en plus, parce qu’il permet de « communier » grâce aux concerts. On va applaudir des artistes sur scène et on se retrouve à trinquer avec de parfaits inconnus qui deviennent des potes. Combien de fois j’ai été touchée en pensant qu’on était 1 000, 5 000, 15 000 jusqu’à 80 000 à s’être donné RDV au même endroit, au même moment pour partager les mêmes émotions. Les émotions, c’est la vie ! Et les morts de vendredi sont et seront toujours vivants parce qu’ils aimaient vibrer au rythme de leurs émotions, au rythme du rock. Et nous, nous avons le devoir envers eux de continuer à « communier » en allant à des concerts ! Quant au rock, je n’ai pas d’inquiétude pour lui, puisque c’est la musique du Diable, il est immortel.

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