Suuns – Hold/Still

suuns hold stillOn considère les canadiens géniaux de Suuns comme les parrains de ce blog. Bien malgré eux sans doute, mais il n’empêche qu’ils ont accompagné les premiers balbutiements de Toute Ouïe et on ne les a pas lâchés jusqu’à aujourd’hui. En même temps, on avait aucune raison de les perdre de vue tant leurs deux premiers albums étaient d’une qualité impressionnante et que leurs lives sont toujours un plaisir hallucinogène auditif. A l’aube de la sortie d’Hold/Still, 3ème effort de Suuns, on veut réitérer notre amour pour le quatuor canadien. Et quoi de mieux qu’une chronique dithyrambique de ce nouvel album ?

Oui, on annonce la couleur dès le début. On est comme ça. Tu comprendras mieux dès que tu auras jeté tes oreilles dessus. Mais en attendant, voilà ce qu’on retient.

Hold/Still s’ouvre sur Fall qui t’entraîne dans les profondeurs violentes du cerveau Ben Shemie – voix de Suuns. L’accroche est d’une intensité et d’une brutalité assez étonnantes pour une mise en bouche. Batterie impériale et larsen anarchique (en apparence) : Bienvenue dans le monde écrasant de Suuns. Tu vas en prendre pour ton grade. Contrairement à Fall, Instrument distille la tension avec sobriété et froideur détachée. Un must.

Un-No est sans doute un de nos préférés d’Hold/Still avec sa guitare ascendante créant comme une envie d’explosion qui n’aboutit jamais… enfin jusqu’à la fin. Suuns savent créer le désir par la frustration musicale. Ils excellent plutôt dans ce registre d’ailleurs. Avant de terminer Un-No de manière abrupte, te laissant complètement désarmé, prêts à te faire démonter par Resistance. « Resist, Resist »… Nous, on a arrêté de résister depuis le début de l’album. On se laisse entièrement submerger par Hold/Still. Et c’est bon.

Par rapport à d’autres titres de ce nouvel album, Mortise and Tenon est presque dépouillé de son, même si l’électricité n’est jamais bien loin. Tu entends même des crépitements derrière la basse qui porte tout le morceau. Translate était le premier extrait studio d’Hold/Still et son tourbillon de guitare hallucinant. On continue d’être sous le charme de Suuns et ce n’est pas Brainwash qui va changer ça. On est emporté dès les premières secondes, sentiment qui s’intensifiera tout au long des 5 minutes du titre, supporté par une batterie mimant presque les palpitations d’un cœur au ralenti. Jusqu’à ce que… Encéphalogramme plat… et puis le cœur repart, plus fort encore. Paf.

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On continue notre écoute de Hold/Still ponctuée d’onomatopées improbables qu’on ne détaillera pas ici par facilité de lecture. Et ce n’est pas Careful et sa nappe de synthé dangereuse et dense qui va calmer le jeu. La voix étouffée de Schemie sait créer un climat anxiogène limite palpable. Reprends donc un anxiolytique à ce moment de l’écoute, tiens, tu en auras besoin pour Paralyser dont on a déjà parlé ici. Sa spirale suffocante est moite et sexy à souhait.

On approche dangereusement de la fin mais on ne s’en rend pas encore compte tellement on est pris dans le jeu sombre de Suuns. Nobody Can Save Me Now revient avec plus de simplicité en apparence. C’est sans doute la première fois qu’on comprend distinctement ce que dit Shemie sans avoir à chercher les paroles sur internet. Et toujours ce cœur qui bat. Et puis ce solo déstructuré. Comment ne pas aimer ? Infinity vient clore ce voyage hallucinant encore une fois avec brio et avec un clavier moog aussi aérien qu’il ne plombe l’ambiance. Une fin idéale en somme.

3 albums pour Suuns et 3 réussites qu’on réécoute en boucle pendant des heures et des heures, à oublier qu’on doit se lever tôt le lendemain et qu’il faut dormir. Bref, on ne sait pas ce qu’ils nous ont fait, ces canadiens, mais ils peuvent continuer à nous maltraiter, nous on aime leurs façons de faire.