Lettre à Damien Saez

Très cher Damien,

Voilà une semaine que je me torture l’esprit sur comment je vais bien pouvoir raconter ton concert de Lyon… j’aurais pu dire simplement que j’étais ressortie mitigée par ce concert, entre déception et désintéressement total. Et puis, j’ai réalisé que tu méritais bien une explication.

Ça fait des siècles que je t’écoute. Depuis Jours Etranges et Jeune et Con, comme beaucoup de gens t’ont découvert. Certains ont continué à te suivre, d’autres t’ont lâché en route. Mais c’est la vie. Tu as été mon poteau quand tout s’effondrait autour de moi et même quand j’étais moyennement emballée par certains de tes albums, tu as toujours réussi à me ramener dans tes filets avec une pépite comme Messina par exemple, ou un concert comme à Fourvière en 2007, à Saint-Etienne en 2012.

Mais là, j’hésitais à aller te voir. Parce que bon, ton Manifeste, Lulu, tout ça… voilà quoi. Mais je savais au fond de moi que la petite ado de 15 ans quelque part en moi m’aurait maudit de ne pas y aller donc je m’y suis rendue. Et je me disais que de toute façon, Saez, c’est toujours mieux en live. Sache que si ce qui va suivre n’est pas forcément tendre, je sais que tu ne fais pas les choses à moitié et que peu de personnes font des concerts de plus de 3h30 dans ce monde de brutes. Mais voilà, ce qui devait arriver un jour, arriva…

Et pourtant, ce concert du 4 avril commençait plutôt bien avec un petit film vraiment très chouette, de jolis textes inspirés. J’étais rassurée. Puis tu t’es ramené et a commencé à chanter 2 titres de L’Oiseau Liberté. Si je ne suis pas fan de l’album complet sorti en décembre dernier, ce début de concert en acoustique est très beau et j’ai presque envie d’allumer mon briquet pour toutes les victimes du Bataclan (et d’ailleurs).

Et puis, tu me perds totalement entre tous ces titres politico-démagos que j’affectionne moins. Peut-être parce qu’à force d’entendre toujours la même chose, je me lasse. Ou peut-être que j’ai plus envie de lever le poing devant un artiste qui enchaine les morceaux sans parler ou si peu et qui ne dit même pas merci. Tu as toujours été un peu ours mais je me souviens de concert où tu partageais beaucoup plus que ça.

Je me sens complétement en décalage par rapport à la foule qui est là, totalement conquise à la cause et par rapport aux demoiselles qui découvrent le coma éthylique pour la première fois. Heureusement, tu me rattaches au wagon de temps en temps : lorsque tu retravailles J’hallucine d’une bien belle façon ou lorsque tu jettes un Into the Wild qui me fais toujours rêver en live ou en studio. Mais, à vrai dire, je crois que cette setlist n’étais pas faite pour moi. J’étais pas dans le mood. J’avais besoin d’entendre les chansons que j’aimais et qui m’ont toujours réconforté. Mais tu en avais décidé autrement. Dommage.

Je ne vais pas t’en vouloir d’avoir joué presque 4h si j’en crois l’heure de fin du concert. Je t’en voudrais juste de ne pas être venu sur scène plus tôt. Ça commençait à me plaire vraiment, à me foutre des frissons et puis c’était le moment de partir. Putains vous m’aurez plus, Jeunesse lève-toi… et cette version de J’veux qu’on baise sur ma tombe avec l’accordéon qui était à pleurer. Et pourtant j’ai envie de t’insulter, parce que je sais que la fin approche et que j’ai attendu 2h pour ressentir quelque chose… et surtout je sais qu’au moment où je quitte la Halle Tony Garnier, il te reste sûrement Tu y crois à chanter. Cette chanson qui me tue à chaque fois en live et que je ne vais donc pas entendre… Pour reprendre tes mots, j’avais juste « envie de m’y perdre »…

Enfin, je t’aurai entendu dire merci avant de partir, c’est déjà ça…

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