Lettre à Tim Dup

Très cher Tim Dup,

On va se tutoyer, tu veux bien ? Après tout, tu es un peu devenu mon pote (à ton insu, certes). Qu’en restera-t-il a été la bande son de mes différents apéros confinés en solo avec Mojo, le chat. Puis, ton troisième album a accompagné mon changement de vie et ma relocalisation soudaine à Auxerre. Je ne pouvais donc pas rater ton passage, surtout que tu faisais l’effort de venir chez moi. Tu l’as compris, je t’écris cette lettre en guise de retour sur ton concert de samedi dernier au Silex. Ce ne sera pas un live report classique comme j’ai pu en écrire des dizaines ici même. Mais c’est ce que ton concert m’a inspiré.

Cette soirée a très bien commencé avec Coline Rio, sa poésie végétale et son timbre cristallin. Un excellent choix pour ouvrir le bal. J’aime quand les premières parties me transportent quelque part et c’était le cas, ce soir-là. Et je savais que ce qui allait suivre serait sans doute du même niveau voire encore mieux. J’espérais simplement que le manque de spectateurs ne te mettrait pas un coup au moral. Parce que oui, on était « entre nous », à Auxerre. Un petit concert intimiste comme je les aime, mais pour un artiste ça peut déstabiliser et frustrer.

Si c’était le cas, pour toi, Tim, ça ne s’est pas vu ni ressenti. Tu es arrivé avec tes deux compères (big up au bassiste que je dessinerais bien en mode cartoon avec son grand costume mais trêve de plaisanterie – de toute façon je ne sais pas dessiner), tu t’es installé derrière ton piano et c’était parti pour un set incroyable, chaleureux, simple. Un concert où les morceaux sont savamment choisis, revisités et où tu donnes tout à chaque fois. Forte impression sur les nouveaux morceaux (et mes préférés de l’album d’ailleurs), La Course Folle qui virevolte bien haut en live et la sublime Cinquantièmes Hurlants, à te balader dans le public pour nous scander ta poésie à la lueur d’une loupiote. Le set est bien équilibré, on passe d’un album à l’autre et même si chacun d’eux a une couleur différente, les morceaux s’imbriquent naturellement entre eux.

Au-delà de la musique, il y a aussi la présence scénique… Pour un mec qui ressort du Covid et qui découvre une salle loin d’être remplie, il faut dire ce qui est : tu te donnes à fond sur chaque morceau. Et tes camarades de jeu, bien que de styles très différents (l’un cartoonesque donc et l’autre plus discret et posé) ont fait un chouette taff également… Et puis il y a ces échanges légers, drôles, qui viennent ponctuer le tout. Pour résumer, un vrai moment de partage et de bonne humeur, comme je les aime.

Pour toutes ces raisons, j’ai voulu t’écrire cette lettre. Et j’en rajouterais même une autre, de raison : je voulais simplement te dire merci. Alors j’aurais pu attendre un petit peu à la fin de la soirée, pour te dire tout ça de vive voix, mais je me suis dit qu’une lettre me permettrait d’être plus exacte. Pour la première fois depuis que je suis à Auxerre, mon cerveau a arrêté de réfléchir… Ton concert m’a évadée. Alors merci !  

Allez, la prochaine fois, on se fait un vrai apéro pour échanger de vive voix sur ta musique, la vie, la bouffe italienne. Tu es le bienvenu à la maison. Je te présenterai Mojo. Pense à lui ramener du saucisson, si tu veux marquer des points avec lui !

Je te laisse à ta tournée folle. Profites-en bien !

A la prochaine,

Toute Ouïe